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De mai à août 1825, Delacroix entreprend un voyage en Angleterre au cours duquel il remplit plusieurs carnets de dessins et de notes manuscrites. Trois carnets étaient repérés : l’un d’entre eux était conservé au département des Arts graphiques du musée du Louvre depuis 1927. Les deux autres ont désormais rejoint le musée Delacroix. Ils apportent un éclairage précieux sur ce séjour qui constitue l’un des seuls voyages du peintre à l’étranger, avec le périple marocain de 1832. Destination emblématique pour un peintre romantique, l’Angleterre aura une influence durable sur l’inspiration de Delacroix.

Anglophile

Comme nombre de ses contemporains, le jeune Delacroix est anglophile. Dans sa jeunesse, il a appris l’anglais auprès de son ami Charles Soulier et s’est lié d’amitié avec un petit groupe d’Anglais venus travailler à Paris – Richard Parkes Bonington, les trois frères Thalès, Copley et Newton Fielding. Féru de littérature, il a lu les romans de Walter Scott, les poèmes de Lord Byron et les pièces de Shakespeare. En 1824, il a découvert avec émotion la peinture de Constable et partagé un atelier avec Thalès Fielding (1793,-1837) , avant que celui-ci ne rentre dans son pays (le musée Delacroix possède leurs portraits croisés réalisés à cette époque : Portrait d’Eugène Delacroix par Thalés Fielding et Portrait de Thalès Fielding par Eugène Delacroix. C’est ainsi qu’en 1825 tout concourt à orienter les regards de Delacroix vers l’Angleterre.

Paysages londoniens

Invité par Thalès Fielding, qui lui a retenu un logement, Delacroix débarque à Douvres le 19 mai 1825. Un ou deux jours plus tard, il est à Londres. Tout d’abord déçu, il est intrigué par l’activité portuaire de la ville, dessine de nombreux bateaux et maintes vues de la Tamise enjambée par les ponts, notamment le vieux Blackfriars Bridge sur lequel se découpe la silhouette imposante de la cathédrale Saint Paul. L’immensité de cette ville ne se conçoit pas. Les ponts sur la rivière sont à perte de vue les uns des autres. […] Les bords de la Tamise sont charmants écrit-il à son ami Jean-Baptiste Pierret le 22 mai 1825. Les pages des carnets sont aussi remplies de nombreuses vues de parcs, images d’une nature contrôlée, clôturée, paisible. St James Park, Green Park, Hyde Park… : [Les] bords de la Tamise […] sont un jardin anglais continuel […] écrit-il à Pierret le 1er août 1825. Delacroix profite aussi de ce voyage en Angleterre pour apprendre l’équitation et couvre ses carnets de nombreuses études de chevaux.

Un voyage d’artiste

Mais c’est avant tout un voyage d’artiste que Delacroix a entrepris. Les dessins et annotations manuscrites contenues dans les carnets nous renseignent sur les collections qu’il visite et les contacts qu’il établit. [D]emander à voir chez Sir Thomas Lawrence la salle d’en bas où sont des antiques griffonne-t-il sur une page. Ayant rendu visite à Samuel Rush Meyrick, spécialiste de l’histoire des armures européennes, propriétaire de la plus belle collection d’armures qui ait peut-être existé (lettre à Théophile Thoré, 30 novembre 1861), Delacroix note : demander au docteur Meyric [sic] quels seraient les costumes période Richard III – de Louis XI/[…] quels ils seraient pour Ivanhoé . Enfin, il se rend à plusieurs reprises au British Museum, et devant les sculptures du Parthénon, il éprouve un véritable choc, dont témoignent plusieurs pages d’un des carnets. La découverte de ces marbres antiques, dont il fait plusieurs copies au graphite, le marque profondément.

Bibliographie :

  • Delacroix et l’Angleterre, catalogue de l’exposition organisée par la Société des Amis d’Eugène Delacroix dans l’atelier du peintre, avant-propos de Germain Bazin, 1948
  • Raymond Escholier, Delacroix. Peintre, graveur, écrivain, vol. I, Paris, Floury, 1926, p. 90-134.
  • Delacroix et l’antique, catalogue de l’exposition du Musée Delacroix, Paris, Musée du Louvre- Le Passage, 2015
  • Lee Johnson, The paintings of Eugene Delacroix, vol. V, Oxford, Clarendon Press, 1989, n°570, p. 113
  • Barthélémy Jobert, Delacroix, Paris, Gallimard, 1997
  • Dominique de Font-Réaulx, Deux carnets de Delacroix retrouvent son atelier, Grande Galerie, Le journal du Louvre, été 2019, n°48, p. 30-31.

En savoir plus sur le troisième carnet conservé au Musée du Louvre